Weeknotes #10 #11 #12

3 semaines de weeknotes en une note, 3 semaines tonitruantes qui comptent comme trente.

Aujourd’hui, ma fille a un an. Bizarre anniversaire. Je me dis qu’elle va apprendre à marcher confinée et je peux pas m’empêcher de penser que ce premier anniversaire va peut-être donner un peu la tonalité de toute une vie. Comme si ce n’était que le début, quoi.

On fait partie des personnes privilégiées pour le confinement : on est dans une petite ville, on s’entraide avec les voisins, on a accès à un petit extérieur, on est 3 et on s’entend bien, on est plutôt bien connectées avec nos proches, on n’est pas dans les métiers qui risquent le plus avec les crises (sanitaire et économique). On anticipe que la finalisation de l’achat de la maison et le déménagement vont être rendus plus compliquée (et on se demande quel va être l’impact de la crise financière sur notre emprunt) et qu’il va falloir s’adapter mais c’est clairement secondaire.

Ca ne m’empêche pas d’être dans un désagréable état de tétanie. Je ne peux m’empêcher de lire frénétiquement les sites d’infos, de faire défiler les posts des réseaux sociaux, dans une boulimie de lectures qui monopolise bien trop mon temps disponible.Tout ce que je lis a tendance à alimenter ma colère, que je sens enfler en même temps que la peur pour mes proches. Mes parents sont en plutôt bonne santé mais vieillissant, et je sais qu’ils ne feront pas partis des personnes prioritaires à soigner s’ils tombent malades. Et que je ne pourrai pas être avec eux.

Alors, pour tenir, je mobilise mes réseaux militants et essaye de voir comment aider ici, localement. Me sentir inutile a tendance à me rendre folle, et j’ai la capacité d’une huitre à me concentrer sur ce qui pourrait être le vrai travail pour lequel je pourrais être payée. Et ce sur quoi je pourrais être payée avec mes ptis doigts de développeuse me paraît méchamment vain.

Il y a des masques à faire mais on n’a pas de machine donc on fera ce qu’on peut avec nos aiguilles inexpérimentées.

Il y a des applaudissements aux fenêtres auxquels j’ai du mal à me mettre car ils sont trop dépolitisés pour moi. Maigre consolation que des applaudissements quand on manque de fric, de moyens, de masques, de personnels ? Amertume face au fait de personnifier le personnel soignant et toutes les personnes en première ligne en héros. Un héros, ça ne demande rien en retour, ça se sacrifie pour le bien de la communauté sans même verser une larme. Ici, ce sont justes des humains qui ne sont pas assez protégés, qui crient depuis des plombes qu’ils manquent de moyens et qui vont quand même au casse-pipe car il n’y a que ça à faire.

Il y a les organismes de soutien aux plus précaires, secours populaire, restau du coeur, qui se réorganisent comme ils peuvent, ainsi que me l’explique une bénévole. La société qui récupérait les invendus a mis en pause son activité. Et de toute façon, ces derniers jours, il n’y avait rien à récupérer dans les grandes surfaces car elles ont été dévalisées. Alors, les appels aux producteurs du coin s’organisent, pour récupérer ce qu’il est possible de récupérer.

Il y a ces petits producteurs à soutenir, aussi. Privés des restaurants, privés des cantines, je crains qu’ils soient sur le fil alors qu’on aura désespérément besoin d’eux dans les prochains temps. Pour le moment, je ne sais pas comment les aider. J’ai commis un site, entraide-dinan.lassembleuse.fr (réflexe incontrôlable de développeuse), qui ne sert pas à grand chose. Il y a sûrement mieux à faire.

Il y a cette envie de plus en plus forte de saboter un bout de pelouse du lotissement pour créer un potager clandestin. On a des graines mais pas de terre, autant qu’elles servent !

Il y a ces lectures en attente, qui parlent de résilience territorial et d’autonomie alimentaire à l’échelle d’une collectivité. Des documents techniques, une vision systémique, ça me nourrit et me donne envie de faire de la politique.

Il y a ce sentiment d’urgence à faire la révolution et à faire quelque chose de cette colère.

Ma fille a à peine un an. C’est bien trop tôt pour que le monde s’effrite. Ce sera toujours trop tôt pour que son monde s’effondre. Tant pis, on fera avec.

Ce qu’il s’est passé

  • les ateliers utilisateurices pour la refonte des sites de deux pôles ESS. Pas mal d’enseignements, mais j’ai l’intuition qu’on aurait pu encore mieux faire avec un meilleur recrutement.
  • la construction de mon premier meuble en bois, avec l’aide d’une amie menuisière (merciiiiii ! c’était top !).
  • le report des prochaines étapes de la phase exploratoire de la refonte des sites des deux pôles ESS, ainsi que de tous mes autres rendez-vous, forcément.
  • la création / inscription de floppées de groupes whatsApp. Oui, j’aimerais passer par autre chose, mais la priorité pour moi en ce moment n’est pas d’être en contact de façon éthique, mais d’être en contact tout court, avec le moins de barrières possibles.
  • la mise à mi-temps pour garder l’enfant de façon équitable avec ma compagne
  • le début d’une nouvelle session de tutorat pour les étudiant·e·s de l’EM Lyon suivant le module Designing with web. Je ne peux m’empêcher de me demander comment vont décliner les effectifs des étudiant·e·s et des tuteurices au fil du temps…
  • la colère, le rongeage de frein, l’appréhension, le sentiment d’inutilité

Vu, lu, entendu, recherché

  • Les pages “design” de Vivre avec la Terre. Ca me stimule et ça me donne plein d’envies. La lecture de ce gros bouquin entre en collision avec ce que je fais professionnellement. Je me pose la question de la permaculture ou des pratiques régénératrices dans le domaine du développement web, et je n’arrive pas à faire de transposition convaincante. Un cul de sac ?
  • La version papier de “Vers la résilience alimentaire” des Greniers d’Abondance, reçu par miracle en plein confinement et entamée dans la foulée. https://resiliencealimentaire.org/

Claire Zuliani

Développement de site web décroissants,
et d'applications et progiciels web,
en ruby et en javascript.

Localisation

Je suis établie à Dinan, en Bretagne.
Passez donc dans le coin, c'est charmant !

Je me déplace facilement entre les Côtes d'Armor et l'Ille-et-Vilaine, et à l'occasion (ou sur demande) ailleurs en France.